Une fille noire à l’Académie comme au féminisme blanc.

L’Académie est ma nouvelle série pour ado québécoise préférée. Je suis vraiment passée de « je ne regarde pas de série québécoise » à « je kiff Jérémie », et par la suite de « Le chalet non plus c’est pas pire » pour finir à « L’Académie is my shit ». Progrès.

L’Académie, pour ceux qui ne connaissent pas la série, raconte l’histoire de 3 amies qui sont à leur dernière année de secondaire à l’Académie, un pensionnat exclusif (le genre qui n’est pas subventionné par le gouvernement), pour filles. Avant la rentrée, elles font un pacte : Pas de garçon, avant la graduation! Le pacte s’avère toutefois être plus difficile à respecter qu’elles le pensaient, vu que cette année, le pensionnat accepte pour la première fois des garçons dans l’établissement.

Évidemment j’ai tout de suite accroché, parce que clairement, j’ai une développé une obsession pour les émissions québécoises d’ado. De plus, c’est la première fois que je suis une série québécoise qui met de l’avant des élèves de l’école privée, pis ça donne un petit vibe Gossip Girl low key.

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Peu importe à quel point j’aime la série, par contre, c’est impossible pour moi de ne pas remarquer que tout le monde dans le show est blanc (Cliquez ici pour lire mon article sur le manque de diversité dans la télé québecoise). Je ne suis pas surprise, ni déçue, ni fâchée, mais c’est quelque chose que je remarque sans vraiment avoir à y réfléchir. Ma sœur m’a fait remarquer que l’un des personnages principaux, Wendy (personnage ma favori), n’avait pas l’aire tout à fait blanche. C’est vrai que si je plisse les yeux et penche ma tête sur le côté je vois ce qu’elle veut dire mais bon. Trop d’effort.

Pour comprendre un peu l’univers de l’Académie (et comprendre sa blancheur), j’ai pris le temps de regarder un petit documentaire sur celle qui a écrit l’histoire : Sarah-Maude Beauchesne. Dans le petit documentaire de 12 minutes, Sarah-Maude parle de sa passion pour l’écriture. Du fait qu’elle a toujours aimé écrire et qu’elle tient des journaux depuis l’âge de 8 ans. Elle s’est aussi parti un blogue dans son adolescence, « Les fourchettes », qui a maintenant 10 ans, et qui lui a permis au fil du temps de perfectionner son écriture. Elle a déjà écrit dans d’autres séries comme « Le chalet », mais L’Académie, c’était son idée à elle. Elle est fière du résultat final parce que c’était exactement comme elle l’avait imaginée.

J’ai voulu pousser un peu plus loin, savoir d’où elle venait. Et il s’avère que Sarah-Maude Beauchesne est allée dans une école secondaire privée de sa ville natale, Granby. Un des coins les plus blancs du Québec.
Les personnages de l’Académie sont inspirés par ses amis du secondaire. L’univers complet de l’Académie est inspiré des souvenirs de cette période précise de sa vie. Il y avait surement peu de person.nes racisées faisant partie de son monde back then, donc elle ne les a pas ajoutés dans la série, elle a surement pas vraiment pensé à en mettre et est fière du résultat en dépit de tout parce que son univers est blanc.

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Un peu comme le féminisme whitestream. Le mouvement féminisme dit « mainstream » aussi connu sous le nom de féminisme blanc (white + mainstream = whitestream), n’a jamais vraiment imaginé son féminisme se préoccuper de problèmes qui concerneraient des femmes non-blanches, non-hétérosexuelle et pauvres.

Lorsque le focus n’est pas sur la femme blanche, ça dérange.

Durant les dernières semaines, j’ai été témoin de plusieurs instances ou des féministes québécoises blanches ont demandé, de façon explicite ou implicite, à des féministes noires de se taire parce qu’elles dérangeaient. Que ce soit sur des posts Facebook, ou dans des salles de classe. Dans des conférences académiques, ou dans des évènements publics, le message est clair.

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Et qu’en est-il de l’intersectionnalité? On en parle beaucoup, mais qu’est-ce que c’est, au juste?

L’intersectionnalité c’est l’intersection, le croisement, entre les différentes formes de dominations ou de discriminations qu’une personne peut subir. Certaines femmes vont subir des discriminations multiples qui ne peuvent pas être analysé séparément. D’où l’impotrance que les voix de toutes les femmes soient entendus, pour que toutes les problématiques soient addressés, pas seulement celles des femmes blanches.

On parle souvent ces temps-ci d’intersectionnalité dans les milieux féminismes québécois, comme étant un concept poussant à l’inclusivité dans le mouvement et à l’acceptation des différentes identités, mais je ne pense pas que se soit un concept réellement compris, ou même accepté.

Leur idée du mot d’intersectionnalité c’est d’inviter des femmes racisées à parler pour la marche des femmes, mais ne pas les faire participer à l’organisation de ladite marche.

L’intersectionnalité pour les féministes blanches du Québec c’est d’aller sur la plateforme de Tout le monde en parle, pour parler du mouvement #moiaussi sans mentionner qu’il a été créé il y a plus de 10 ans par une femme noire, du nom de Tarana Burke. C’est de parler aux noms de toutes les femmes, sans se soucier, pas une seconde, du fait que leurs perspectives soient homogènes, et qu’elles parlent pour un groupe précis de femmes : les femmes blanches, de classe moyenne.

L’idée d’intersectionnalité au Québec, c’est de créer un « coin d’diversité » au Salon du livre, tout en tenant un panel féministe lors du même évènement, dans lequel il n’y a aucune « diversité ».  Ce qu’on appelle intersectionnalité au Québec laisse un mauvais arrière-goût dans la bouche.

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Un peu comme cette épisode de l’Académie que je regardais, où durant une classe sur le féministe, les filles ont nommé deux féministes qui les inspiraient, soit Michelle Obama et Beyonce. Le fait que les personnages de l’émission soient en mesure de reconnaître l’existence des femmes noires, mais que personne n’ai pensé à inclure de fille noire dans le cast, même pas en arrière-plan, me rend un peu mal à l’aise.

Et le problème majeur dans toute cette histoire c’est que bien que les femmes blanches soient mises à l’avant dans le mouvement, une bonne partie du travail pour lequel elles prennent tout le crédit, elles le doivent aux femmes noires. Comme mentionné plus haut le mouvement #metoo a été crée il y a plus de 10 ans par une femme noire du nom de Tarana Burke! Et le concept d’intersectionnalité? Il fut amené en 1989 par la juriste noire Kimberlé Crenshaw!

Et que dire de nos héroïnes noires qui étaient «féministe » avant l’existence de ce concept. Des héroïnes telles que Sanité Belair, révolutionnaire et officier de l’armée de Toussaint Louverture durant la révolution haïtienne.

Mon point est que même si je n’approuve pas le manque de diversité dans la série l’Académie, mais je le comprends. Le monde de Sarah-Maude Beauchesne est blanc, l’Académie est donc fidèle à son imaginaire. Et c’est vrai pour la plupart des créateurs blancs d’où l’importance de supporter les créateurs racisés (mais ca c’est une autre discussion).

Le mouvement féminisme par contre, n’est pas un mouvement qui a été construit uniquement par des femmes blanches de classe moyenne, bien qu’elles en ai pris le plein contrôle.

P’tete qu’on les dérange.…mais tu ne peux pas me poursuivre pour avoir brisé la fenêtre de la maison que j’ai construite

Message

From your sista

Str8 outta love

Ps: Je voulais juste montrer comment une fille noire dans l’uniforme de l’Académie serait on fleek. Point prouvé! Peut-être que maintenant que tout le monde le sait une fille noire va faire son apparition dans la saison 2? xoxoxo

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9 réflexions au sujet de « Une fille noire à l’Académie comme au féminisme blanc. »

  1. J’étais convaincue que ça se passait seulement en Italie où j’habite avec mon fils noir. C’est important pour les jeunes de voir qu’ils ont tous les mêmes possibilités dans la vie, peut importe l’ethnicité et la couleur de la peau.

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  2. Ma parole! Vraiment bien expliqué, j’ai beaucoup aimé ton approche simple, douce et drole pour aborder un sujet aussi important que la diversité dans les medias. Merci d’avoir fais des recherches sur l’auteure avant de la critiquer c’est tellement important et ca permet tellement de mieux comprendre.

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